fois que les prétendues digues qu'on lui oppose seront renversées. Il est difficile de dire où les partisans du système ont pu puiser leur conviction. Ils ne peuvent pas, en effet, s'appuyer sur des données statistiques indiscutables, vu qu'il n'en existe point. Peut-être s'ins- pirent-ils surtout de ce sentiment qui nous empêche de renoncer facilement aux convictions qui ont grandi avec nous et sont devenues comme une partie de nous-mêmes.
C'est pourquoi, en nua qualité de représentant de la syphiligraphie, j'examinerai devant vous la question de savoir si la réglementation de la prostitution, considérée comme mesure sanitaire opposée à la diffusion de la syphilis, repose solidement sur les données scienti- fiques fournies par les théories actuelles de la syphilis. Je n'ai point. cela va sans dire, l'intention de vous soumettre un traité de la matière aussi, dans mon exposé, je me contenterai de résumer d'une manière générale les résultats auxquels est arrivée la science actuelle.
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Les partisans des règlements affirment que la prostitution clau- destine, celle qui n'est pas soumise au contrôle, est le foyer principal qui répand Finfection syphilitique dans la population. C'est dire que la prostitution inserite n'offre point le même danger, ou, eu d'autres termes, que le contrôle de la police médicale est un moyen d'assai- nissement. C'est en effet dans le but d'assainir la prostitution qu'on a institué tout un ensemble de prescriptious administratives ou légales qui reposent sur la contrainte, comme la poursuite et Far- restation des prostituéos, l'inscription sur les registres de la police. la visite périodique obligatoire et le traitement forcé. Les partisans de ces mesures n'hésitent pas à les considérer comme fort impor- tantes au point de vue de l'hygiène. A leur sens, la violation de la liberté individuelle, qu'on rend ainsi inévitable, est compensée par les avantages qu'en retire la population dans son ensemble.
Personne n'hésitera à reconnaitre que toute mesure sanitaire doit reposer sur des bases rationnelles et que la prophylaxie qu'on oppose à une maladie déterminée doit être déduite de la nature et de l'évo- Intion spéciale de la maladie clle-même.
Or, voyons maintenant quelles idées scientifiques ont dicté les mesures sanitaires qui sont encore en vigueur et out présidé à la création de la police médicale.
C'est au cours du premier tiers de ce siècle qu'a été conçu et pra- tiquement organisé le système actuel. A cette époque, la théorie unitaire prédominait, et les syphiligraphes reconnaissaient:
a) Un élément contagieux identique pour la syphilis, le chancre mou et la gonorrhée.
i) La contagiosité du chancre syphilitique primitif seul. Après la disparition du chancre, on déclarait le sujet inoffensif au point de vue sanitaire, et on le considérait comme incapable de transmettre son mal aux personnes saines.
Partant d'une telle théorie, il était logique d'instituer un règlement prescrivant la séquestration de tout individu porteur d'un chanere syphilitique. En effet, cette manifestation est de courte durée - six à huit semaines; -elle est de plus éminemment contagieuse. En retirant le malade de fa circulation, on le mettait dans l'impossibilité de pratiquer le coït, c'est-à-dire de transmettre la contagion aux individus sains, et cela était nécessaire seulement pendant la courte période d'évolution du chancre. Après la guérison du chancre, on remettait le syphilitique en liberté, car on le considérait comme sain et ne présentant aucun danger pour les autres.
Nous savons maintenant que, malheureusement pour l'humanité, cette théorie était. hélas! tout à fait erronée. Chacune des trois maladies que nous venons de mentionuer a sou virus propre. De plus, la contagion de la gonorrhée ou du chancre mou n'entraine qu'une affection locale, tandis que le virus de la syphilis envahit l'organisme tout entier. Nous savous en outre que le chancre spéci- fique ne fait que marquer le commencement d'une période où le malade, pendant de longues années, peut transmettre la syphilis aux autres par toutes les parties de son organisme.
Quoi qu'il en soit, la théorie de nos prédécesseurs, relle que je viens de la rappeler, pouvait certainement leur servir de base pour instituer les mesures sanitaires que nous désiguous sous le nom de réglementation. En remontant à leur conception de la nature et de l'évolution de la syphilis, nous comprenons que les réglementaristes d'alors aient regardé leur système comme logique et très propre à assainir la prostitution.
Il ne faut donc pas s'étonner que les gens de cette époque aient grandi dans une telle conviction et l'aient léguée aux générations suivantes, malgré les progrès de la science. La réglementation a été une sorte de muraille épaisse qui a empêché la société de considérer la syphilis à la lumière des rayons que la science projetait sur cette maladie.
J'ai dit que, pour le malheur de l'humanité, la théorie des anciens syphiligraphes a'avait pas été confirmée par l'observation des faits. Je suis réellement convaincu que si cette vieille théorie pouvait rede-" venir une réalité, si, par la puissance bienfaisante du sort, la syphi- lis prenait la propriété de se transmettre aux individus sains au moyen de l'ulcère syphilitique primitif, du chancre induré seulement, la syphilis disparaîtrait rapidement du sein de nos populations. On
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